Choisir la Paix est une expérience intérieure humble et puissante. Ses conséquences sont immédiates, du moins pour l’entourage proche de ceux qui la vivent. C’est ce que j’ai vécu en ce début de l’année 2020.

Dans le contexte de l’effondrement bancaire que vit actuellement le Liban, c’est un exercice difficile de ne pas prendre parti pour l’un ou l’autre des camps qui s’affrontent. Choisir la Paix est le seul moyen d’éviter la guerre pour soi et par contagion peut-être pour les autres.

L’autre jour, dans la longue file d’une foule qui attendait depuis des heures devant ma banque, je croyais apaiser les esprits échauffés en défendant les employés de la banque fortement attaqués verbalement… J’avançais calmement des propos en leur faveur soulignant qu’ils n’y étaient pour rien dans toute cette politique et qu’ils recevaient les ordres de leurs supérieurs… Ils me sont tous tombés dessus et m’ont fait taire verbalement ! J’avais allumé une mèche ! Déstabilisée, mais consciente de la guerre que j’avais encore plus alimentée, je m’en voulais et je leur en voulais… Dans l’invisible j’étais encore la guerrière ! « STOP ! La guerre ou la Paix ? CHOISIS ! ». La petite voix m’accompagnait!
Alors, j’ai égrené mon chapelet du  « J’ai le droit »
– « J’ai bien le droit d’avoir eu peur que la situation ne dégénère…  et que je sois embarquée dans une violence soudaine… J’ai bien le droit    d’avoir pensé apaiser les esprits… J’ai bien le droit d’avoir encore pris le parti du plus faible… J’ai bien le droit de n’avoir pas vu « la sauveuse du  monde » arriver avec ses gros sabots et rajouter de la violence à la    violence !»

Touchée ! Je reconnais « la sauveuse du monde » qui a cru pouvoir mettre la paix dans cette file en colère et n’a pas vu que c’était encore une réaction de plus! Touchée par celle qui s’est mise au devant de la scène pour être vue et reconnue d’avoir choisi le camp des plus faibles ! Touchée tout à coup par ces hommes, ces femmes, ces personnes âgées qui attendent depuis des heures pour retirer la modique somme que la banque leur permet de retirer !
–  « Mon Dieu !  Ils ont bien le droit d’être épuisés au bout de 3 heures d’attente… Ils ont bien le droit d’être excédés… Ils ont bien le droit de  manifester leur peur et leur colère de ne plus pouvoir encaisser l’argent  de leur dépôt ! Ils ont bien le droit de se sentir humiliés d’être traités de la        sorte. Ils ont bien le droit de s’être pris à moi parce qu’ils se sont sentis  jugés et non entendus dans leur désarroi » !
Touchée par leur désarroi ! Mais n’est-ce pas le même désarroi qui m’a fait réagir tout à l’heure… Ne suis-je pas autant perdue qu’eux ? Ne me suis-je pas raccrochée à la sauveuse du monde aussi par peur de couler ?

Calmement, à voix haute, j’ai présenté mes excuses : « Je suis vraiment désolée pour tout à l’heure! Nous sommes tous si fatigués ! C’est normal que nous soyons tous un peu sur nos nerfs ». Le silence a régné !

Avec ceux qui étaient physiquement proches de moi, nous avons entamé une conversation de plus en plus joyeuse autour de blagues et de faits divers bancaires plus drôles les uns que les autres… Plus loin on souriait de ces blagues…

Il fallait juste que je décide de choisir la Paix… d’accueillir la sauveuse du monde … Il fallait juste que je nous reconnaisse tous dans nos souffrances et dans nos misères de l’instant sans une once de jugement… pour que la Paix se fasse en moi et soit contagieuse ! Merci ma petite voix…

Marie-Claude B.